La campagne marocaine : le pot de fer et le pot de terre

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C’est dans le monde rural que les transformations profondes intervenues depuis le début du xxe s. sont le moins visibles pour le visiteur de passage.
Bien souvent, ce dernier ne retiendra que l’image du petit fellah retournant un bout de terre avec un araire antique, même s’il lui arrive de voir de vastes champs travaillés à l’aide de machines modernes. Qu’en est-il au juste ? Les campagnes marocaines, qui sont très largement dépendantes des contraintes physiques et surtout climatiques, sont aussi le produit de l’histoire qui les a façonnées. Leur organisation traditionnelle, autour de la tribu, fondée sur la complémentarité de la culture et de l’élevage, a été bouleversée par la colonisation, qui s’est emparée de la plupart de meilleures terres, et a remis en cause les modalités d’occupation de l’espace. De ce fait, deux types d’exploitations ont vu le jour : les petites propriétés aux grands domaines pratiquant une culture intensive.
Cette configuration persista après l’indépendance. Les terres de colonisation, qui ont été nationalisées par étapes en 1959, 1963 et 1973, sont passées aux mains de l’Etat et des grands propriétaires ou ont été distribuées à de petits paysans sans terre, invités à se regrouper en coopératives. Cette redistribution s’accompagna d’un programme de modernisation des espaces par remembrement, d’irrigation et d’électrification afin de réduire les inégalités sociales et de contenir l’exode rural. Aujourd’hui néanmoins, sur un million et demi d’exploitations, 70 % ont moins de ha et représentent environ 2 millions d’hectares de surface agricole utile sur un total de près de 9 millions. Les 30 % restants occupent les trois quarts des terres agricoles du pays.
Dans cette dualité très marquée, la partie entre le pot de fer et le pot de terre est d’autant plus inégale que les caprices du ciel s’en mêlent.

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